Sabrina Montanvert, envoyée spéciale pour Handicap International nous donne ses impressions depuis Oslo

- ©Handicap International
3 décembre
Un jour hors du temps.
"Il est 10 heures, le jour se lève à peine à Oslo. Tous, militants, délégués diplomatiques, victimes... sont installés dans la grande salle de conférence du City hall. En coulisses, tout le monde s'agite et court dans tous les sens. C'est un peu la panique. Tous les journalistes veulent avoir une interview, les télés se pressent pour enregistrer les dernières images, les présentateurs parlent dans leur micro pendant les dernières secondes qui leur restent...
Thomas Nash, le coordinateur de la CMC, attend pour une interview avec Al Jaazera. Il est inquiet car il n'a pas imprimé le discours qu'il doit tenir devant tout le monde dans 5 minutes. C'est étrange de penser à toutes ses « petites » préoccupations à un moment aussi important, un moment historique. Ca donne un peu le tournis quand on y pense. Mais dans ce tourbillon, chacun sait exactement ce qu'il a à faire. C'est comme une mécanique parfaitement huilée.
Et puis, tout à coup, le temps s'arrête. Pendant 2, 3, 4 heures, on continue à courir dans tous les sens. Tout le monde cherchant quelqu'un, se préparant à rencontrer son ministre, à assister à l'acte symbolique, la signature du Traité, attendu depuis tellement longtemps... On apprend comme ça en croisant Firoz avec des papiers à la main, que l'Afghanistan a finalement décidé de signer le traité parce que Soraj, un jeune homme afghan, double amputé suite à un accident par sous-munitions, a discuté hier soir avec le diplomate afghan, ébranlant ses certitudes. On comprend alors l'importance de ces papiers. Il s'agit des documents officiels accordant les pleins pouvoirs au diplomate pour signer au nom de son pays.
Et soudainement, tout prend fin. Tout redevient calme. On a la drôle d'impression d'avoir été au coeur d'une tempête, d'un ouragan, qui nous a emporté et qui est reparti, comme il était venu.
Puis on rentre à l'hôtel, assez fatigué. Cette journée que l'on a attendu pendant 5 ans se termine. Une journée complètement hors du temps."
Oslo, le 2 décembre, 16 heures : Sabrina Montanvert, envoyée spéciale pour Handicap International nous donne ses impressions à la veille de la signature du traité

- © Handicap International
"Il fait nuit depuis 15 heures, il neige. Le Ban Bus vient d'arriver à l'instant, avec à son bord des militants contre les bombes à sous-munitions (BASM), il a parcouru plus de 10 000 km, des Balkans jusqu'à Oslo, pour convaincre les pays traversés de signer le traité.
Tous les membres des associations de la Coalition internationale contre les sous-munitions sont arrivés. Nous sommes désormais au complet et vraiment heureux de nous retrouver ici pour partager ce moment historique.
Nous ressentons encore un peu de pression, car nous attendons toujours que certains pays confirment leur venue à Oslo, mais c'est un sentiment de joie qui prime en cet instant.
Les victimes présentes à Oslo sont débordées : elles donnent de nombreuses interviews et ressentent une excitation sans précédent à la veille de la signature du traité.
Demain, une longue journée nous attend. Dès 10 heures aura lieu la cérémonie d'ouverture, les Etats feront leurs déclarations et iront ensuite, par ordre alphabétique, signer le Traité d'interdiction des BASM. La France, représentée par son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, signera entre 17 et 18 heures.
Nous éprouvons tous une grande fierté et nous sommes vraiment heureux d'être ici pour vivre ce moment historique."

